20 questions à poser à ses grands-parents pour ne pas oublier leur histoire

Vos grands-parents ont eu vingt ans. Qu'ont-ils fait de leur premier salaire ?
Vous ne savez pas. Personne dans la famille ne le sait, et le jour où la question ne pourra plus être posée, la réponse ne sera pas perdue : elle n'aura jamais existé nulle part. C'est exactement ce que ces vingt questions cherchent à éviter. Pas des dates, pas un arbre généalogique : des scènes.
Pourquoi vingt questions, et pas cinquante
Cette page en comptait cinquante. Nous les avons retirées, et voici pourquoi.
Une liste de cinquante questions est un objet formidable : on la partage, on la met en favori, on se promet d'y revenir. On ne s'en sert jamais. C'est le tapis de course de la mémoire familiale.
Le problème n'est pas le nombre, c'est de tout recevoir d'un coup. Cinquante questions posées un dimanche, ce n'est plus une conversation, c'est une garde à vue avec du gâteau. Vingt questions, en revanche, c'est ce qui tient dans deux ou trois moments à deux, et deux ou trois moments à deux, ça, ça arrive vraiment.
Précision utile pour la suite : cinquante questions posées une par une, à des semaines d'intervalle, sont une tout autre affaire. C'est le rythme qui change tout, pas le compte.
Comment poser ces questions sans que ça tourne à l'interrogatoire
Mettez-vous à côté, pas en face. La voiture reste le meilleur studio d'enregistrement de France : on regarde la route, on ne se regarde pas, et les confidences sortent aux feux rouges. Une marche fonctionne aussi. Fixer quelqu'un dans les yeux avec un carnet ouvert, ça ne s'appelle pas une conversation, ça s'appelle un entretien d'embauche.
Une question, jamais la liste. Ne posez pas la feuille sur la table. Retenez-en une, posez-la, et laissez la réponse décider de la suivante. Si vous en placez trois dans l'après-midi, la journée est réussie.
Ne remplissez pas les blancs. Le silence qui vous semble gênant est celui où la personne cherche, ou décide si elle le dit. Comptez sept secondes avant de relancer. La vraie réponse arrive presque toujours à la quatrième.
Enregistrez, et dites-le. « Ça t'embête si j'enregistre ? Sinon je vais tout oublier. » Personne ne refuse. Ce qu'on croit intrusif est reçu comme un compliment, parce que c'en est un.
Les 20 questions à poser à ses grands-parents
Elles suivent les quatre temps d'une vie. Vous pouvez les prendre dans l'ordre, ou ouvrir au hasard.
I. Grandir
- Comment étaient tes grands-parents ? Quelles étaient tes relations avec eux ?
- Comment était la maison où tu as grandi ? Les pièces, les bruits, la lumière.
- Quel est le plat qui a le goût de ton enfance, et qui le préparait ?
- Qui était ton meilleur ami à dix ans ? Que faisiez-vous ensemble ?
- Quel adulte, en dehors de tes parents, a compté plus que les autres ? Pourquoi celui-là ?
II. Bâtir
- Que t'es-tu acheté avec ton premier salaire ? Sinon, quel a été ton premier achat marquant ?
- De quoi rêvais-tu à vingt ans ? Qu'en est-il advenu ?
- Comment as-tu rencontré l'amour de ta vie ?
- Qu'as-tu ressenti en devenant parent ?
- Quelle chanson te fait quelque chose à chaque fois ? À quoi est-elle liée ?
III. Mûrir
- Quel événement de l'Histoire as-tu vécu de l'intérieur ? Raconte-moi ce jour-là.
- Quelle a été la période la plus difficile de ta vie ? Pourquoi ?
- Qui a été là pour te soutenir à un moment difficile ?
- De tes parents, que gardes-tu ? Un geste, une phrase, une habitude ?
- Quel lieu faudrait-il revoir une fois encore ? Pourquoi celui-là ?
IV. Offrir
- Quel a été l'un des plus beaux jours de ta vie ?
- Qu'as-tu compris tard, que tu aurais aimé savoir plus tôt ?
- Quelle est ta fierté secrète, celle que tu n'oses jamais dire ?
- Qu'est-ce qui te rend heureux, aujourd'hui, un jour ordinaire ?
- Que voudrais-tu que tes petits-enfants sachent de toi, dans cinquante ans ?
Les questions qu'il vaut mieux ne pas poser
« Raconte-moi ta vie. » La plus généreuse, et la plus impossible. Elle n'appelle qu'une réponse : « par où veux-tu que je commence ? », suivie d'un silence et d'un café.
« C'était mieux avant ? » Vous n'obtiendrez pas un souvenir, vous obtiendrez un éditorial.
Celles dont vous connaissez déjà la réponse. L'histoire du chien qui a emporté le rôti de Noël 1978, racontée pour la quatre-vingtième fois, polie comme un galet. Elle est excellente. Elle est déjà sauvée. Cherchez ce que vous n'avez jamais entendu.
Les questions fermées. « Tu étais heureuse ? » se solde par un « oui » et un blanc. « À quoi ressemblait une journée ordinaire ? » ouvre une demi-heure.
Et si un sujet est fermé, il est fermé. On le note, on passe, on n'y revient pas. Il arrive souvent qu'il revienne tout seul, un autre jour, quand c'est eux qui le décident.
Ces questions marchent-elles avec ses parents, ou seulement avec ses grands-parents ?
Avec les deux. La seule chose qui change, c'est votre position.
Face à un grand-parent, vous êtes en terrain neutre : il vous racontera sans effort des choses qu'il n'a jamais dites à ses propres enfants. Face à un parent, vous arrivez avec quarante ans d'histoire commune et deux ou trois de ces questions vont toucher quelque chose. Ce n'est pas un problème, c'est l'intérêt : la question 14 (« De tes parents, que gardes-tu ? ») est régulièrement la plus productive de la liste, et elle ne vous concerne pas.
Le sexe, en revanche, ne change rien. Le bon critère n'est pas grand-mère ou grand-père, c'est le rapport au récit : certains répondent en trois phrases, d'autres en vingt minutes, et cela n'a rien à voir avec l'affection ni avec la mémoire. Un seul réglage est utile. Si vous n'obtenez que des faits (les dates, les postes, les kilomètres parcourus), demandez qui était là. Si vous n'obtenez que des gens, demandez ce qu'il ou elle faisait de ses journées.
Que faire des réponses pour ne pas les perdre
Le soir même, écrivez trois phrases : ce qui a été dit, la date, et qui était là. Cela prend quatre minutes, ça ne coûte rien, et c'est déjà la moitié du travail. Un souvenir noté le soir même est un souvenir sauvé ; le même souvenir « à noter bientôt » a une espérance de vie de quarante-huit heures.
Si vous avez enregistré, renommez le fichier tout de suite. Personne, jamais, n'a retrouvé quoi que ce soit dans un dossier contenant « Mémo vocal 47 ».
Et si vous voulez la version longue de ce principe : une question à la fois, envoyée par email, à laquelle on répond quand on veut, à l'écrit ou en dictant à voix haute. C'est ce que fait Les Enlumineurs, avec 52 questions étalées au fil des mois et un livre au design élégant à l'arrivée, à partir de 99 €. Son défaut est le même que celui de cette page : le premier soir, il ne se passe rien. C'est un cadeau qui se juge six mois plus tard.
Pour aller plus loin
- À quel âge écrire ses mémoires ?
- Comment écrire la biographie de quelqu'un de votre famille
- Comment transmettre l'histoire de votre famille
- Un cadeau pour la fête des grands-mères
- Un cadeau pour ses 80 ans
Questions fréquentes
Quelle question poser à ses grands-parents en premier ? Commencez par leurs propres parents ou par la maison de leur enfance, jamais par eux. Parler de sa mère ne demande aucune permission, parler de soi en demande une, et le portrait qu'ils feront de leur père dira déjà beaucoup de l'enfant qu'ils étaient à côté.
Combien de questions poser en une seule fois ? Une, deux au maximum sur un après-midi. Au-delà, la personne passe en mode réponse courte et vous récupérez des faits sans scènes, ce qui est précisément ce qu'on ne cherche pas.
Faut-il enregistrer la conversation, et comment le demander ? Enregistrez avec votre téléphone, posé sur la table, et demandez-le simplement en expliquant que vous voulez garder la voix. La voix est le premier élément qu'on oublie d'une personne, et c'est celui qui manque le plus quinze ans plus tard.
Existe-t-il une version imprimable de ces 20 questions ? Oui, ce sont exactement les mêmes, dans un PDF de quatre pages à imprimer ou à glisser dans un sac. Le bloc en bas de cette page vous l'envoie par email, et il est gratuit.
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